Une Suisse à 10 millions : NON à l'illusion du contrôle

Les inquiétudes qui alimentent l'initiative « Suisse à 10 millions » sont compréhensibles. Pression sur le logement, saturation de certains axes de transport, besoins croissants en infrastructures : ces réalités sont visibles et personne ne les conteste.

Mais cette initiative repose sur une illusion dangereuse : celle qu'il suffirait de fixer une limite dans la Constitution pour résoudre des problèmes qui sont en réalité beaucoup plus complexes.

Car aucun des défis auxquels la Suisse est confrontée ne trouve son origine dans un chiffre. Le manque de logements n'est pas dû à l'absence de plafonds démographiques. Il résulte principalement de procédures trop longues, de blocages administratifs et de projets qui peinent à voir le jour. Les difficultés de mobilité ne proviennent pas d'un nombre arbitraire d'habitants, mais du retard pris dans le développement des infrastructures nécessaires. Les tensions énergétiques ne disparaîtront pas davantage en limitant la population.

L'initiative prétend apporter de la maîtrise. En réalité, elle risque surtout d'ajouter de nouvelles contraintes à un système déjà confronté à l'excès de réglementation.

Pour appliquer un plafond de population, il faudrait décider qui pourrait encore venir travailler en Suisse, quelles entreprises pourraient recruter, quels secteurs auraient accès aux compétences dont ils ont besoin. Chaque exception appellerait une nouvelle règle. Chaque règle nécessiterait un nouveau contrôle. Chaque contrôle produirait de nouvelles procédures.

Nous sommes déjà confrontés à une bureaucratie qui ralentit la construction de logements, retarde les investissements et complique la réalisation de projets indispensables. Face à cet immobilisme, l'initiative propose davantage d'administration là où nous avons besoin de davantage d'efficacité.

C'est précisément ce qui explique la mobilisation inhabituelle d'entrepreneurs issus de tous les secteurs de l'économie valaisanne. Lorsqu'autant de dirigeants prennent publiquement position, ce n'est pas par confort ni par habitude. C'est parce qu'ils savent que la prospérité ne se décrète pas et que les problèmes structurels ne se résolvent jamais en désignant un coupable unique.

L'histoire économique de la Suisse est celle d'un pays qui a toujours répondu aux défis par l'innovation, l'investissement et l'adaptation. Chaque génération a dû construire des logements, développer des infrastructures, former de nouvelles compétences et moderniser son économie. La nôtre ne fait pas exception.

Le 14 juin, nous aurons le choix entre deux approches. La première consiste à croire qu'un plafond démographique permettra de résoudre nos difficultés. La seconde consiste à s'attaquer aux causes réelles des problèmes et à construire les solutions dont la Suisse a besoin.

L'une relève de l'illusion du contrôle. L'autre de la responsabilité.

Pour notre emploi, notre prospérité et notre capacité à préparer l'avenir, refusons l'initiative « Suisse à 10 millions ».

Wake Up Switzerland
par Vincent Riesen, directeur CCI Valais