Les annonces successives de l'administration américaine concernant les droits de douane rappellent une réalité désormais incontournable : l'environnement économique international est devenu beaucoup plus imprévisible.
À retenir
- Les nouveaux droits de douane américains pénalisent les entreprises exportatrices suisses.
- Le principal défi réside toutefois dans l'incertitude des règles du commerce international soumises à un arbitraire croissant.
- Les entreprises suisses ont démontré leur capacité d'adaptation, mais gare à ne pas la tester davantage !
- La meilleure réponse de la Suisse consiste à renforcer sa propre compétitivité : moins de bureaucratie, des accords commerciaux diversifiés, davantage de sécurité juridique, des infrastructures performantes et une politique économique favorable à l'investissement.
La récente décision d'appliquer des droits de douane plus élevés à certains produits technologiques suisses place une nouvelle fois les entreprises exportatrices face à des conditions de concurrence plus difficiles. Pour plusieurs secteurs industriels, cette mesure représente un désavantage par rapport à certains concurrents européens.
Le Valais n'est pas épargné. Notre canton abrite de nombreuses entreprises actives dans les technologies, la chimie-pharma, les machines, les équipements industriels ou encore les composants de haute précision. Pour une partie d'entre elles, les États-Unis constituent un marché stratégique. Toute modification des conditions d'accès à ce marché influence directement leur compétitivité.
Cependant, le véritable défi dépasse largement la seule question du niveau des droits de douane.
L'incertitude est devenue un facteur économique
Les entreprises savent évoluer dans un environnement concurrentiel.
Elles gèrent les fluctuations des taux de change, les variations de la demande ou encore l'évolution des coûts de l'énergie et des matières premières.
En revanche, il leur est beaucoup plus difficile d'investir lorsque les règles du commerce international peuvent être modifiées en quelques heures.
Or les décisions d'investissement se prennent sur plusieurs années. Développer un nouveau produit, construire une capacité de production ou conquérir un marché suppose un minimum de prévisibilité.
Lorsque cette visibilité disparaît, les investissements sont différés, les risques augmentent et les coûts s'élèvent. L'incertitude est ainsi devenue un véritable coût économique.
La capacité d'adaptation des entreprises suisses mise à rude épreuve
Ces dernières années, les entreprises ont traversé une succession de crises : pandémie, ruptures des chaînes d'approvisionnement, inflation, flambée des prix de l'énergie, conflits géopolitiques et, désormais, nouvelles tensions commerciales.
À chaque fois, elles ont fait preuve d'une remarquable capacité d'adaptation.
Diversification des fournisseurs, recherche de nouveaux marchés, innovation, gains de productivité : les entreprises suisses ont constamment trouvé des solutions pour préserver leur compétitivité et poursuivre leurs investissements.
Mais cette capacité d'adaptation est aujourd'hui mise à rude épreuve.
Aucune entreprise ne peut absorber indéfiniment une succession de chocs sans que cela n'affecte sa capacité à investir, à recruter ou à innover. Chaque nouvelle crise mobilise des ressources financières et humaines qui ne peuvent plus être consacrées au développement de nouveaux projets.
C'est précisément dans ce contexte que les conditions-cadres prennent toute leur importance. Lorsque les entreprises doivent déjà faire face à une instabilité internationale croissante, elles ne devraient pas être confrontées, en plus, à des charges administratives ou réglementaires supplémentaires.
Renforcer ce qui dépend de nous
La Suisse ne peut pas influencer les décisions prises à Washington.
En revanche, elle maîtrise les conditions-cadres qu'elle offre à ses entreprises.
Dans un contexte international plus instable, il devient plus important que jamais de préserver ce qui fait la force de notre place économique : une réglementation mesurée, des procédures rapides, une fiscalité compétitive, un accès aux talents, une énergie disponible, des infrastructures performantes ainsi qu'un réseau d'accords commerciaux ouvert sur le monde.
À l'inverse, chaque nouvelle charge administrative, chaque procédure supplémentaire ou chaque contrainte réglementaire réduit un peu plus la capacité de nos entreprises à faire face à une concurrence internationale toujours plus exigeante.
La meilleure réponse reste la compétitivité
Les turbulences actuelles rappellent une évidence.
La Suisse ne maîtrise ni la politique commerciale des États-Unis, ni les décisions prises à Bruxelles ou à Pékin.
En revanche, elle maîtrise les choix qu'elle fait pour son propre environnement économique.
Plus le monde devient incertain, plus nos entreprises ont besoin de stabilité, de prévisibilité et de conditions-cadres favorables à l'investissement.
La meilleure réponse aux incertitudes internationales n'est donc pas le repli.
C'est une politique économique qui renforce durablement la compétitivité de la Suisse et du Valais.
Car si nous ne pouvons pas empêcher les crises extérieures, nous devons au moins éviter de fragiliser nous-mêmes les entreprises qui créent notre prospérité.
Vincent Riesen
Directeur