Initiative Suisse à 10 millions

Créer de nouveaux problèmes n’est pas une solution

Renvoyer les entreprises au régime des demandes de permis de travail pour tous les collaborateurs étrangers n’améliorera pas le quotidien des Suisses, bien au contraire. Et si on s’en prenait à la réglementation de masse à la place?


Contrairement aux idées reçues, la Suisse gère son immigration : les ressortissants d’états non-européens sont contingentés ; ceux issus de l’UE doivent d’abord obtenir un contrat de travail, prouver qu’ils ont les moyens de vivre en Suisse et disposer d’une assurance maladie. Conséquence: l’essentiel de l’immigration est de qualité, composée avant tout des spécialistes et des travailleurs qui contribuent au bon fonctionnement de notre société et de notre économie.


Par contre la Suisse peine à générer de la croissance qualitative et partagée. Notre pays, qui a les moyens techniques, financiers et humains parmi les plus élevés de la planète, devrait pourtant être en mesure d’accommoder l’augmentation de la population en ménageant son pouvoir d’achat et sa qualité de vie.


Hélas, la réglementation de masse et son application tatillonne ont depuis longtemps remplacé le bon sens et paralysent le pays. Les logements supplémentaires qui feraient baisser les loyers sont construits trop lentement, les réformes nécessaires pour juguler les coûts de la santé n’aboutissent pas, le développement des infrastructures de transport se compte en décennies. L’initiative pour une Suisse à 10 millions fait l’inventaire exhaustif des préoccupations quotidiennes et des frustrations légitimes de la population, mais n’apporte aucune solution concrète, se trompe de cible et aggrave le problème de fond en exigeant plus de bureaucratie. 


Les entreprises enchaînent les crises successives depuis 2009. Leur résilience est poussée à la limite. Elles qui font déjà face à des charges administratives excessivement lourdes se passeraient bien de revenir à la case demande de permis à l’embauche de chaque collaborateur européen, surtout dans les activités saisonnières qui demandent des temps de réaction rapide en fonction de la météo et du marché, comme l’agriculture, la construction et le tourisme. Quant à l’industrie d’exportation, elle ne pourrait que se réjouir de conserver un minimum de stabilité avec notre principal client.


Toutes ne pourront que s’inquiéter de l’incertitude provoquée par la crise institutionnelle qui suivra immanquablement l’acceptation de ce texte. Car en cas de oui le 14 juin, le pugilat politique partisan autour de sa mise en œuvre et son cortège de conséquences aléatoires ne fera que commencer…


Réglons nos problèmes, n’en créons pas de nouveaux. Je voterai NON le 14 juin prochain. 


Vincent Riesen
Directeur CCI VS

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